
−Introduction
D’abord, définissons ce que signifie perdre sa fortune, ou tomber dans la pauvreté. On peut le définir comme perdre tout son argent, perdre tous ceux qu’on aime ou perdre sa réputation. Dans cet article, nous le définissons comme les trois à la fois, mais le résultat que nous mettons en lumière est le même : des personnes dont la chute a directement mené à la mort. Pourquoi si sombre ? C’est simple : cette rubrique, c’est Histoires humaines, un moment pour s’imprégner du malheur des autres afin de finir par se sentir mieux. Il y a un second objectif. Comme beaucoup d’entre nous peuvent se reconnaître en partie dans ces histoires sur l’imperfection inhérente à l’être humain, nous pouvons moins juger les autres. Après tout, « que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre » sur les autres. C’est une façon de se sentir mieux dans sa peau et de s’améliorer, en explorant le malheur d’autrui.
+Jeffrey Epstein
Pensez au prix élevé du soutien apporté à ceux qui profitent de l’immigration illégale : les passeurs. Cela ne touche pas seulement les immigrés, qui leur donnent souvent les économies de toute une vie, mais aussi des communautés plus pauvres, souvent immigrées, qui ont fui des gens comme ces passeurs pour les voir ensuite les suivre jusque dans leur nouveau pays. Ces « immigrés » en quête d’une vie meilleure paient en fait pour doubler tout le monde dans la file de l’immigration, pour tricher en quelque sorte, avec plus d’argent qu’il n’en faudrait pour une aide juridique qui les ferait passer en tête de file, ou pour contribuer à leur nouvelle communauté.
Oui, l’immigration est difficile, et oui, nous voulons tous une vie meilleure, et oui, l’immigration peut être bénéfique, et oui, les lois devraient changer, et oui, ces personnes devraient être aidées, mais aider les passeurs est-il la solution, quand nous nous rassemblons pour protester contre ceux qui ne sont pas d’accord avec nous ? Il est crucial de comprendre que tous ceux qui sont favorables à l’immigration illégale n’ont pas de bonnes intentions ; certains sont même franchement terribles. De même, ceux qui sont contre l’immigration illégale ne sont pas tous mauvais, car ils voient le même problème et ses solutions sous un autre angle. De même encore, tous les immigrés illégaux n’ont pas de mauvaises intentions et ne sont pas forcément de mauvaises personnes, mais aucun pays ne peut accueillir un nombre illimité d’immigrés, et c’est pourquoi chaque pays a des quotas, selon ses capacités internes. En tant qu’auteur né de parents qui ont échappé à des situations terribles, je pense qu’il est aussi injuste d’assimiler les immigrés aux immigrés illégaux. Pour moi, on peut affirmer sans risque que cela offense beaucoup d’immigrés légaux et leurs enfants, et il est agaçant que l’on traite de racistes ou d’anti-immigrés ces immigrés qui s’opposent à l’immigration illégale, surtout quand on sait ce que beaucoup ont traversé. Notez aussi que ces arguments ne s’appliquent pas aux réfugiés, car les réfugiés ont peu de voies de recours légales, et c’est pourquoi ils sont légalement autorisés à passer devant dans la file de l’immigration si leur demande d’asile est jugée fondée.
Penchons-nous sur l’affaire retentissante de Jeffrey Epstein, une figure tristement célèbre du monde du trafic d’êtres humains, qui aurait gagné tous ses milliards légalement, mais qui ne l’a pas fait. Cet homme avait des politiciens de tous bords qui admiraient son train de vie extravagant. Ils se rendaient souvent sur son île privée luxueuse. Tout a commencé à s’effondrer quand il a été emprisonné pour trafic de jeunes filles mineures, mais pas d’immigrées. En août 2019, Epstein a tragiquement mis fin à ses jours dans sa cellule. Il n’a pas perdu tout son argent, mais il a perdu toute sa réputation pour quelque chose dont il n’aurait jamais pu se relever, ce qui, au fond, est plus grave que de perdre tout son argent ; c’est pourquoi cet article affirme qu’il a tout perdu. Les théories du complot sur sa mort foisonnent, et pourquoi pas ? Il fréquentait les individus les plus louches, et qu’on l’ait tué ou qu’il se soit suicidé, il a joué avec le feu, ce qui revient au final à un suicide, quelle que soit la façon dont on voit les choses.
Pensez à ceux qui ont tout perdu et sont tombés dans le monde obscur de la traite des êtres humains. Même ce milliardaire n’a pas pu échapper à ses conséquences dévastatrices, qui ont fini par causer sa mort, puisqu’il a tout perdu en perdant sa réputation. Les trafiquants profitent surtout du désespoir des gens qui cherchent une vie meilleure. Ce sont ces gens-là qui sont le plus en danger, sans les moyens d’un milliardaire. Malheureusement, ces trafiquants exploitent souvent ceux qu’ils promettent d’aider, y compris des enfants qui finissent tragiquement dans le commerce du sexe. Alors, riche ou pauvre, faites attention, car beaucoup d’histoires ne finissent pas toujours bien.

+Alexander Kearns
Soyons honnêtes : le métier de trader en Bourse est une forme de jeu d’argent avec un énorme risque de pertes, même s’il exige un esprit analytique pour les limiter. C’est pourtant un métier qui ne convient pas à la grande majorité des gens, en particulier aux personnes compétitives et compulsives. Le risque de pertes énormes est toujours là, quelle que soit l’expérience. Alexander Kearns est l’exemple type qui montre qu’il faut se former avant de trader. Son nom ne vous dit peut-être rien, car il n’était pas milliardaire, juste un étudiant de 20 ans qui s’en sortait bien en achetant et vendant des actions sur une plateforme de trading appelée Robinhood, qui promet zéro frais. À un moment donné, comme c’est courant sur les plateformes de trading, son solde a affiché un montant négatif à plusieurs chiffres, une perte d’environ 700 000 dollars, en attendant le dénouement des opérations, alors qu’un autre écran indiquait qu’il avait 16 000 dollars. Le service client de Robinhood, contacté par Alexander, ne lui a jamais expliqué correctement le processus, si bien qu’Alexander, croyant avoir perdu plus de 700 000 dollars alors qu’il avait en réalité 16 000 dollars de bénéfice, s’est suicidé le 20 juin 2020. Robinhood a été poursuivi, à juste titre, par sa famille pour avoir incité des investisseurs inexpérimentés à prendre de gros risques sur des instruments financiers complexes sans leur offrir l’assistance client et les conseils en investissement nécessaires. L’affaire a été réglée à l’amiable pour un montant non divulgué. La FINRA, une autorité de régulation, a ordonné à Robinhood de verser au total 70 millions de dollars d’amendes à l’État et d’indemnités à tous ses clients victimes d’un manque de formation ou de service client depuis 2017.
L’attention des médias s’est portée sur les applications de trading, mais qu’en est-il des autres formes de jeu, comme les jeux d’argent soutenus par l’État ? Les chiffres de guérison de l’addiction au jeu et les taux de suicide varient énormément selon l’organisme qui mène l’étude et les critères de réussite retenus. Si la réussite se mesure au fait de ne jamais rechuter jusqu’à sa mort, le taux de réussite est très faible. Le seul point commun à toutes les études, quel que soit le critère de réussite, c’est que les joueurs ont de loin les taux de suicide les plus élevés et de loin les taux de guérison les plus bas de toutes les addictions. On voit toutes sortes de publicités sur le jeu responsable et l’auto-exclusion. Mais l’une de ces politiques est-elle vraiment appliquée, même dans les établissements publics ? C’est parce que l’État n’est pas différent des entreprises. Tout ce qu’ils veulent, c’est de l’argent, et peu leur importe qui vit ou qui meurt, sauf en cas de grand tollé public. Bien sûr, les gouvernements dépensent l’argent des joueurs pour soi-disant aider les gens, mais les entreprises et les casinos aident aussi les gens en versant des salaires et des impôts et, dans certains cas, en offrant des produits et services utiles ; alors, en quoi l’État vaut-il mieux ? Le coût humain en vaut-il la peine ? Nous n’avons pas de réponses, nous posons simplement des questions et voyons comment la leçon d’Alexander Kearns peut s’appliquer ailleurs.

+Chris Farley
La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) a des applications universelles. L’une d’elles est le traitement des addictions. L’idée, c’est que certaines personnes peuvent se libérer en partie de leur addiction en changeant de comportement. C’est du bon sens, non ? Ce n’est pourtant pas si simple. Voici un dilemme. Il faut généralement 3 mois d’abstinence pour que le cerveau s’adapte de manière significative à ces changements de comportement, et 2 ans pour qu’il s’adapte complètement. Il y a quelques années, ces chiffres étaient tenus pour des faits. Aujourd’hui, ces faits ont changé, car cette période varie d’une personne à l’autre. Quoi qu’il en soit, chaque fois que quelqu’un rechute, le temps de rétablissement déjà accompli peut être perdu si la rechute n’est pas prise en charge. Ces dernières années, reconsommer n’est plus considéré comme un échec, mais comme des étapes vers la réussite. Hélas, ces étapes demandent beaucoup de soutien, car la volonté personnelle ne suffit pas. Les addictions sont plus fortes que tout. Pour beaucoup, c’est un cercle vicieux sans fin. La question, et toute la difficulté, c’est : comment tenir les gens éloignés de ce qui les tue pendant toute la période d’affilée dont ils ont besoin pour rester abstinents ?
Les fans de Saturday Night Live se souviendront de Chris Farley. Le 18 décembre 1997, Farley a été retrouvé mort dans son appartement de Chicago, des suites d’une overdose. L’autopsie a révélé un mélange mortel de cocaïne et de morphine, appelé « speedball ». Sa mort a été qualifiée d’overdose accidentelle, mais beaucoup y voient un suicide, compte tenu de ses combats incessants contre la toxicomanie et des problèmes de santé mentale. Farley a fait 17 allers-retours en centre de désintoxication, ce qui a évidemment épuisé son immense fortune. À partir de quand abandonne-t-on ? Chris, malheureusement, a trouvé ce chiffre, et il nous a quittés tragiquement.

+Leonidas Vournazos
À la fin des années 2000, l’UE a introduit pour la première fois la zone euro et l’euro comme monnaie par défaut. Presque aussitôt, cette nouvelle zone a connu sa première épreuve. Quand les États-Unis ont subi leur crise bancaire, une grande partie du monde en a souffert, y compris un groupe de pays européens affectueusement surnommés P.I.G.S. (« cochons » en anglais : Portugal, Italie, Grèce, Espagne, l’Irlande étant laissée hors de l’appellation) par des responsables gouvernementaux d’autres pays européens, merveilleusement exempts de tout racisme. Quand la Grèce, avec le soutien massif de ses citoyens lors d’élections démocratiques, n’a pas accepté les premiers plans d’aide, parce qu’ils détruisaient le pays et sa population, ce fut la guerre ouverte : le ministre allemand des Finances et la cheffe du gouvernement allemand de l’époque ont pris les rênes du « leadership » de l’UE et ont commencé à appliquer encore plus de politiques ratées et à attaquer le peuple grec chaque fois que leurs politiques échouaient lamentablement. Les attaques personnelles contre tous les citoyens grecs passaient par des insultes stéréotypées sans aucun fondement, détruisant la réputation de tous les Grecs, où qu’ils soient. Le problème de toutes les solutions appliquées, c’est que, même si elles avaient fonctionné en Allemagne plusieurs décennies plus tôt, la Grèce n’avait ni les mêmes industries, ni la même économie, ni même la même topographie pour qu’elles marchent. En réalité, la Grèce ressemble davantage à la Floride, avec le tourisme et l’agriculture comme principales activités, et un relief sec et rocailleux comme celui de la Californie. L’Allemagne ressemble plutôt à la Rust Belt et au Sud profond des États-Unis en matière d’industries et de ressources naturelles. Les solutions taille unique marchent rarement. Quand la crise bancaire américaine a éclaté, la Grèce avait une dette de 127 % de son PIB en 2008. C’est comparable au niveau de la dette actuelle, ingérable, des États-Unis. Quand l’UE a pris la Grèce en main et a tenté d’y remédier avec des politiques européennes pendant les trois années suivantes, en ignorant les propositions des gouvernements grecs élus, la dette grecque n’a fait que grimper, jusqu’à 177 % du PIB en 2011, avec une économie qui s’est contractée de 30 % pendant les trois années d’application des politiques de l’UE. Aujourd’hui, grâce à l’ingéniosité grecque de toujours et à une éthique de travail grecque historiquement solide, la Grèce dépasse l’Allemagne, et sa semaine de travail actuelle de 32 heures, en matière de croissance économique, malgré les politiques ratées de l’UE. À ce rythme, très bientôt, c’est la Grèce qui renflouera l’Allemagne, troïka et cure d’austérité comprises, histoire de lui rendre la monnaie de sa pièce, tout en montrant au monde comment traiter les emprunteurs et proposer des solutions sur mesure, fondées sur la recherche et adaptées aux besoins propres de chaque pays.
Les politiques ratées de 2008 appliquées par l’UE et la diabolisation ethnique qui a suivi ont eu des conséquences désastreuses pour la Grèce, et surtout pour sa population et ses expatriés. Le taux de suicide a augmenté de 30 à 50 %, selon l’étude citée. L’une des personnes qui en ont souffert est Leonidas Vournazos, un magnat du transport maritime et du pétrole qui a perdu à peu près toute sa fortune quand l’entreprise familiale a sombré dans les quelques années qui ont suivi la crise économique de 2008. Les difficultés financières de Vournazos se sont doublées de problèmes personnels. Il souffrait, dit-on, d’une dépression, aggravée par ses échecs en affaires. Sa santé mentale s’est détériorée et il s’est de plus en plus isolé de ses amis et de sa famille. En 2012, Vournazos a tragiquement mis fin à ses jours. Son suicide a choqué le monde des affaires grec et a mis en évidence l’impact sévère de la crise financière sur les personnes et les entreprises. Son histoire est un rappel brutal du coût humain des récessions, surtout lorsqu’elles sont fabriquées de toutes pièces et accompagnées de l’humiliation de la population.

+Références
Town and Country (Jeffrey Epstein), Business Insider (Alexander Kearns), FINRA (Alexander Kearns), Entertainment Weekly (Chris Farley), Prouvez avec des données que l’auteur a tort (Leonidas Vournazos)
Toutes les images ont été générées par l’IA avec Fotor et ne visent pas à décrire leur sujet de manière factuelle, mais figurée.